Témoignage de reconversion – Mai, Fondatrice d’OKAMII

29 Sep 2020 | Interview, Témoignage

  • Tu es désormais la fondatrice de la start-up Okamii, mais tu as eu une vie professionnelle bien remplie avant cela, peux-tu nous en dire un peu plus ?

Effectivement, j’ai eu une vie professionnelle bien remplie avant Okamii. J’ai passé dix-sept ans en cabinets d’audit et de conseil. J’ai eu l’opportunité de travailler pour tout type de secteur et tout type d’entreprise. Ce qui m’a permis de développer une vision transverse des organisations (process, systèmes d’information, organisation, etc.), et c’est aujourd’hui l’un de mes “dadas” en plus de la transformation d’entreprise vers une approche plus responsable, éthique et solidaire

Par ailleurs, au fur et à mesure des années, je me suis aperçue que, dans cette vision transverse justement, il était plus que nécessaire d’ajouter l’humain. Dit comme cela ça peut paraître évident, pourtant c’est encore aujourd’hui rarement le cas. Je me suis beaucoup intéressée à ce sujet, et j’ai passé la certification Afnor sur la qualité de vie au travail en 2016 en ce sens. 

  • Pourquoi as-tu décidé de quitter ta carrière dans l’audit, pour devenir chef d’entreprise ?

Tout d’abord car il me manquait cette marge de manœuvre dont j’avais besoin. Marge de manœuvre suffisante pour faire ce dont j’avais envie. Les domaines de l’audit et du conseil m’ont passionnée (et c’est toujours le cas !), néanmoins ce sont des secteurs très normés, au sein desquels il est souvent assez complexe de pouvoir mener sa barque et de proposer sa vision des choses. 

Et puis j’ai aussi fait un burn-out, qui m’a définitivement poussée vers la sortie

  • Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton burn-out et sur la manière dont tu as su rebondir ?

Concernant mon burn-out, il y a surtout un message que je veux faire passer : lorsqu’on traverse un burn-out, cela devient quelque chose de tabou, y compris pour soi-même. On se met à culpabiliser d’être dans cet état, car on a un travail, une bonne position dans l’entreprise et un “bon statut” dans la société de manière générale, donc on a pas vraiment le droit d’aller mal. Même si les journées sont pénibles, les nuits agitées, les questionnements incessants, on ne peut pas toujours se permettre de dire stop, il faut y aller même si ça fait mal. Jusqu’au jour où le corps lui, dit stop à votre place

J’ai donc dû réaliser un gros travail d’acceptation de mon état. Cela n’a pas été une mince affaire, mais j’ai eu la chance énorme de tomber sur de très bons spécialistes qui m’ont accompagnée tout du long. Cette chance couplée à ma volonté d’accepter la situation ont été les clés qui m’ont permis de rebondir. 

  • Tu as été manager d’équipes dans ton ancienne vie professionnelle, quelles sont les choses que tu souhaites transposer dans le cadre d’Okamii (bonnes pratiques, etc.) ? A l’inverse, quelles sont les choses que tu ne referas plus ?

Quelque chose que je ne changerai jamais, c’est le fait de pouvoir être à l’écoute de mes collaborateurs. Ça leur donne envie de s’engager pleinement dans le projet de l’entreprise, ils se sentent libre de s’exprimer et sentent qu’ils ont vraiment leur place au cœur du projet. 

En revanche, j’ai vite compris en devenant chef d’entreprise, que les premiers mois ne nous permettent pas de prendre le recul suffisant pour transmettre une vision stratégique claire aux équipes, on est toujours au four et au moulin, certaines choses sont mouvantes, s’ajustent. Cela peut, par moments, donner une sensation de “flou” aux collaborateurs, qui n’est pas idéale. Mon objectif est donc de pouvoir remédier à cela dans les prochains mois, pour pouvoir rassurer les équipes, et leur permettre d’évoluer dans un environnement plus “apaisant”. 

  • Dans le cadre de ta reconversion professionnelle, as-tu l’impression de pouvoir capitaliser sur tes précédentes expériences ou as-tu la sensation de devoir complètement repartir de zéro ?

En termes de mindset, je repars complètement de zéro. Lorsqu’on est salarié, on est entouré de process, de structures, etc., on est donc beaucoup moins agile. En tout cas pour ma part, c’était clairement le cas. En devenant dirigeante d’une start-up, j’ai vite compris que ça serait tout l’inverse et qu’il faudrait faire preuve d’une grande agilité pour tenir le cap : on passe plusieurs semaines à tester des choses, à voir si ça marche ou non, à ajuster.. Une façon de travailler et d’appréhender les choses complètement nouvelle pour moi !

En revanche, s’il a bien quelque chose sur laquelle j’ai capitalisé, c’est l’humain, appliqué à la vision d’entreprise. Une vision pour tendre vers le meilleur et s’y tenir. 

  • Okamii aborde le sujet de la transformation de l’écosystème professionnel, pourquoi est-ce important selon toi ?

Ce sujet me tient énormément à coeur car je considère qu’aujourd’hui, la manière dont on traite les collaborateurs en entreprise est impensable. On passe de nombreuses heures au travail, les collaborateurs sont souvent pressés comme des citrons, on leur en demande toujours plus sans réellement se préoccuper des conséquences. Le fait est que, ces collaborateurs finissent par exploser en plein vol. On fait fausse route, et il faut urgemment rectifier le tir et entrer dans un cercle vertueux où chacun pourra trouver sa place. 

Des dirigeants et managers épanouis = des collaborateurs épanouis = des clients épanouis = des entreprises épanouis, j’en suis convaincue. 

C’est un peu comme avec des enfants, si on passe notre temps à dire que les choses ne vont pas mais sans jamais apporter de solution ou d’aide, ça ne peut pas fonctionner.. Il faut apporter de la tolérance, du respect et de l’écoute. 

  • As-tu pour ambition d’appliquer à ta propre structure ce changement de paradigme ? Tes équipes partagent-elles la même vision que toi ou as-tu un travail d’évangélisation à réaliser ?

L’équipe d’Okamii est pleinement alignée avec ma vision, cela fait d’ailleurs partie des premiers critères de recrutement. Nous croyons fortement au potentiel et à la diversité des talents, mais la vision du monde du travail vers lequel nous voulons tendre doit rester l’ADN d’Okamii.

  • Pour conclure, quel(s) message(s) souhaites-tu faire passer à celles et ceux qui ont envie de se reconvertir mais qui n’osent pas sauter le pas ?

Même si c’est très difficile, que ce n’est pas un long fleuve tranquille, ça en vaut vraiment la peine. 

Je crois qu’il faut savoir s’écouter et s’autoriser à sortir de sa zone de confort. Une fois qu’on a sauté le pas, c’est une nouvelle aventure qui s’offre à nous, pleine d’enrichissements, de challenges, de découvertes et d’accomplissements. Donc allez-y, sautez le pas, n’ayez pas de regrets et surtout n’ayez pas peur d’avoir peur, ça fait partie du jeu !

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