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Le récit de mon burn-out

14 Mai 2020 | Témoignage

Je suis journaliste à ce moment-là. Cela fait plusieurs années que je vois l’ambiance de travail se dégrader. Mon supérieur hiérarchique, que j’estime beaucoup, est mis en préretraite, les salaires sont gelés, ma boîte est rachetée. On jure ses grands dieux chaque année qu’il n’y aura pas de plan social, et chaque année à la même époque, rebelote.

Plan social numéro 1, numéro 2, numéro 3, numéro 4, numéro 5 et nous voyons nos collègues disparaître les uns après les autres. Virés. Le mensonge. Les salaires sont gelés, car pas assez d’argent, mais le directeur financier qui démissionne pour un nouveau poste, se voit, lui, octroyer 750.000 € de prime de départ. Puis, on nous demande de doubler la cadence, d’arrêter de vérifier les informations. On me propose d’être chef. Je refuse. Moi, je fais du théâtre, du chant, je ne veux surtout pas devenir chef. Et ma collègue, qui s’est vu attribuer le poste parce que je l’ai refusé, se met à me harceler. Je viens aussi de perdre ma mère…

La susnommée chef me convoque, un matin, de but en blanc, et m’annonce que je suis virée. J’apprends au sortir de cet entretien surréaliste que c’est faux. Pure intimidation. Elle ajoute que je peux sauver mon poste en arrêtant le théâtre et le chant. La folie dans ses yeux. Mon incompréhension totale. Et, pour enfoncer le clou, elle prétend avoir reçu des lettres. On se plaint de moi. Tout le monde souhaite mon départ. Le sol s’ouvre sous mes pieds, je crois mourir et mon cœur s’arrête de battre. Je vais immédiatement voir les personnes concernées. Il n’en est rien. Personne ne s’est plaint. Tous les collègues et supérieurs concernés me font des lettres de recommandation, attestant qu’ils sont très contents de mon travail.

Je fais connaître la situation en haut lieu et prononce le mot qui fait peur… Harcèlement. La collègue devenue chef est déclassée immédiatement, laissant la place à un autre collègue petit chef. Lui, a peur de moi. Je travaille vite et bien, je fais des pauses de temps en temps avec ma bande de collègues que j’apprécie beaucoup. J’ai une routine efficace, que j’aime, qui fonctionne, et tout le monde est très satisfait jusque-là.

Le petit chef nouvellement promu se sent obligé de me contrôler et de surveiller le moindre de mes mouvements. Après tout, il est chef. Il se sent menacé à tout propos. Il se met à minuter mes pauses, à les interdire, à être sur mon dos en permanence. C’était plus que je ne peux en supporter. 

Je fais un premier malaise et je suis arrêtée pour 15 jours. Le petit chef appelle constamment pour savoir quand je vais revenir, et moi, je lui rétorque que la loi interdit de harceler les salariés en arrêt maladie, mais je me sens en miettes, détruite. Je tente de revenir, la mort dans l’âme et m’écroule au bout d’une dizaine de jours, presque un évanouissement. Arrêt-maladie, on repart pour un mois, soulagement de courte durée, car je dois y retourner. Essaie encore. Je me résigne, et je suis toujours aussi épuisée.

Trois jours après, je fais un malaise, je m’évanouis vraiment cette fois, arrêt-maladie, un mois encore, et là, je commence à comprendre que je ne pourrai pas continuer comme ça. Je suis épuisée, le repos ne me repose pas, rien ne me ressource, tout est trop pour moi. Encore une fois, mon arrêt touchant à sa fin, je retourne travailler, je me rends au métro, à Lamarck, trois minutes d’attente, je m’assieds. Le métro arrive et… je ne peux pas bouger. Je ne PEUX PAS me lever. 

Je reste là plus d’une heure, immobile, sans pouvoir bouger. J’entreprends de rentrer chez moi à tous petits pas, je mets 3h pour faire 400 m, je m’agrippe aux murs, compte les pas jusqu’au prochain banc où je vais pouvoir reprendre un peu mon souffle. C’est fini, le corps a dit non, je n’y retournerai plus jamais. Médecin, arrêt-maladie. 

Chez moi, c’est la panique. Je retourne toutes les possibilités dans ma tête constamment. Et je finis par trouver la solution. On approche de la période du plan social annuel, et un espoir fou s’empare de moi. Je me dis que s’il y a un plan de départ volontaire, je vais tenter d’en faire partie, et que cela va me sauver la vie. J’en parle à mes supérieurs hiérarchiques et c’est effectivement ce qui se passe. Je ne peux retourner travailler, donc je suis inscrite en priorité parmi les volontaires au départ du plan social. Je monte un dossier, je ne manque pas de parler de harcèlement. On me donne un chèque, une formation, et un maintien de salaire pendant 1 an. J’oublie le harcèlement, c’est le deal, enfin c’est ce que je comprends.

Je n’y retournerai pas. Je suis sauvée. Je comprends que ce temps est pour moi et qu’il va falloir que je me reconstruise. Dès que j’en ai la force, je me rends à Pigalle acheter du matériel de musique, je vais installer mon home studio je vais en profiter pour composer des chansons. D’où ça sort ? Je n’en sais rien, j’ai toujours aimé la musique, elle a toujours occupé une place immense dans ma vie, mais je n’ai jamais rien composé je n’ai jamais joué de guitare. J’achète une guitare, un dictionnaire d’accords et ma première chanson naît ce jour-là, dans mon appartement. Je ne sais absolument pas ce que je fais, mais je le fais. Puis une autre, puis une autre, puis une autre encore, je sais que c’est ça, je sais ce que c’est ce qu’il faut que je fasse, et que c’est ma planche de salut, seule dans mon appartement, en burn-out, sans pouvoir bouger. C’est ça qui me sauvera et ça me donne de la joie. 

Et il m’en faut. Car chaque fois que je vais faire mes courses, je dois m’allonger pendant des heures après pour m’en remettre, idem quand je fais un peu de ménage, quand je fais mon lit. Quand je sors un peu ou que je vois des amis, je reste allongée pendant plusieurs jours après. Il m’est presque impossible de marcher. Ce n’est pas de la fatigue, c’est autre chose, la vie me manque, l’énergie vitale ne me parcourt plus. Je ne suis pas déprimée, ce n’est pas ça. Les forces m’ont quittée, je suis presque inerte.

Mon généraliste est impuissant, il insiste régulièrement pour me donner des antidépresseurs, et d’instinct, je sais qu’ils achèveront de me détruire. Je cherche sur Internet quels sont les moyens naturels de produire de la sérotonine et je trouve : la méditation, la cohérence cardiaque. J’apprends à utiliser tout un tas de techniques de soins naturelles, j’apprivoise l’EFT, la PNL, l’hypnose, les huiles essentielles et je compose et je crée toute seule dans mon appartement. Je fais aussi une thérapie, et c’est souvent indispensable après un burn-out. Et dans le même temps, les chansons naissent sous mes doigts comme par magie.

Aujourd’hui, presque 10 ans plus tard, je ne suis plus la même personne. J’ai été obligée d’aller chercher mes ressources au plus profond de moi, d’extirper toute la force qui me restait et j’ai pu me rendre compte que j’en avais beaucoup. Je prends soin de moi avec amour, respect, bienveillance, sinon mon corps réagit immédiatement par de la fatigue, de l’épuisement. A chaque fois, que je suis retournée travailler en entreprise après ce burn-out, cela m’a quasiment anéantie, et j’ai fait des rechutes systématiquement. Je ne peux plus me plier à des règles qui me paraissent insensées, être présente chaque jour au même endroit aux mêmes heures avec les mêmes personnes juste parce qu’il le faut. Je ne peux plus me forcer à quoi que ce soit d’ailleurs, je fais les choses par amour, par passion ou je ne les fais pas. 

Cette petite étincelle, ces premières chansons composées au coeur de mon burn-out  ont donné naissance à mon groupe de rock, où j’ai maintenant la chance d’être accompagnée de quatre musiciens formidables. Nous faisons des concerts régulièrement et c’est toujours ma plus grande joie. Nous allions enregistrer notre EP la semaine dernière, et faire une interview radio cette semaine, mais le Covid-19 a frappé et ce n’est que partie remise. C’est le plus beau cadeau, et cela m’émerveille toujours autant. Il a fallu renaître de ses cendres, le chemin a été long et éprouvant, mais je suis plus proche de l’essentiel, je fais des rencontres qui me correspondent. Je suis à présent entrepreneur et j’écris des articles qui ont du sens pour moi. Je collabore avec des personnes qui m’inspirent et m’enthousiasment. Le burn-out a été une bénédiction, une reconnection à moi, au plus profond de mon être. 

 

Caroline Hummel
Copywriting & Stratégie Éditoriale

 

 

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